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.On l’imaginait très bien veillant au moindre détail du confort de son maître.Et nul n’était obligé de savoir que la légère bosse sur son estomac provenait d’un vieux parabellum espagnol assez déglingué mais encore parfaitement apte à envoyer au cimetière.Pas plus qu’on ne pouvait deviner la double personnalité de Malko, élégant jusqu’au bout des ongles.Officiellement, il était toujours Autrichien.Mais il avait également un passeport américain authentique.Grâce à une loi de 1949, la C.I.A.avait le droit de faire entrer aux U.S.A.cent personnes chaque année, en dehors de tout quota, et dans le secret le plus absolu.Pour l’instant, Malko chauffait doucement un verre de vodka « Stolitchnaïa » qu’il avait déjà fait renouveler deux fois, les yeux dans le vague.Une toux discrète de Krisantem interrompit le cours de ses pensées.— J’avais fait préparer un chevreuil pour la comtesse Alexandra, dit-il.J’espère que nous aurons fini à temps…Malko avala sa vodka, énervé.— Alexandra attendra.C’était une réminiscence qui lui agaçait les dents comme un fruit vert.La veille, ils avaient encore passé la soirée ensemble.Et cela s’était terminé comme d’habitude.Après le dîner, ils s’étaient retirés dans la bibliothèque où Krisantem avait allumé un grand feu de bois.Devant il y avait une couverture de fourrure immense et mœlleuse.Alexandra s’était étirée dessus comme une chatte, plissant malicieusement ses yeux verts un peu bridés.Malko l’avait prise dans ses bras et elle s’était lovée contre lui.Passant la main dans ses cheveux, il avait défait le lourd chignon et elle l’avait aidé d’une secousse de la tête.Les torsades blondes descendaient presque jusqu’à sa taille.Alexandra s’étendit sur le dos et laissa Malko la caresser.Quand il glissa la main dans son dos pour défaire son soutien-gorge, elle l’avait encore aidé en se cambrant légèrement.Elle avait des seins magnifiques, lourds et épanouis, qui contrastaient avec l’expression hautaine de sa bouche et ses hanches étroites.C’est elle qui avait fait glisser son pull par-dessus sa tête.Puis elle avait furieusement mordu la bouche de Malko et s’était collée à lui.On n’entendait plus que le craquement du feu et leurs souffles.Mais quand la main de Malko toucha la boucle de sa ceinture, elle s’écarta de lui, et il rencontra son regard moqueur.Ça recommençait.Malko connaissait Alexandra depuis longtemps.Ses parents ayant été tués pendant la guerre, elle dirigeait un domaine agricole non loin de son château.Depuis le début de ses vacances, il l’avait beaucoup vue.Presque tous les soirs, ils étaient ensemble, soit à Vienne, soit au château.Mais jamais Alexandra n’avait consenti à retirer son éternel jodpur ni ses bottes.Pourtant la violence de ses baisers n’était pas feinte et il savait qu’elle n’était pas vierge.Simplement, elle ne voulait pas.— Dans une semaine ou deux, tu repartiras, lui avait-elle avoué un soir.Je n’aime pas que l’on s’amuse avec moi.Comme Malko n’était plus à l’âge où on embrasse les filles de force, il s’inclinait.La veille encore il avait raccompagné Alexandra après des heures de flirt épuisant pour les nerfs.Mais il s’était juré que c’était la dernière fois.Quitte à perdre sa réputation de gentleman, Alexandra cesserait de le narguer.Il s’était endormi un peu calmé par ces bonnes résolutions pour être réveillé à 9 heures du matin par le téléphone.On l’appelait de Vienne.Il reconnut immédiatement la voix de William Coby, le chef de poste de la C.I.A.en Autriche.L’Américain avait l’air embarrassé :— J’ai besoin de vous, dit-il.Je vous contacte de la part de Mike.Mike était le nom de code de David Wise, l’homme dont dépendait Malko.Dans les communications téléphoniques extérieures, les gens de la C.I.A.n’employaient jamais les vrais noms.« Il y a un certain Serge Goldman qui est supposé arriver à Vienne aujourd’hui à 15 h 10, par un vol des Scandinavian Airlines, en provenance de Copenhague.Il faudrait, euh ! un « opérateur » compétent comme vous.C’est extrêmement important.Malko avait grogné pour la forme.Mais il savait bien qu’on ne discute pas ce genre d’ordre.Le terme « opérateur » avait un sens bien précis : il fallait s’assurer de la personne, vivante ou morte… « Je vais recevoir par radio une photo, avait conclu Coby.Vous la trouverez sous enveloppe à votre nom, aux informations.Appelez-moi au bureau, plus tard.»Après avoir raccroché, William Coby avait été soutirer un café à la machine automatique.Comme tous les responsables de la C.I.A., il n’avait pas beaucoup dormi cette nuit-là.Le F.B.I.avait accompli un travail extraordinaire.Volodnyar Grinef avait été arrêté une heure après sa visite à Serge Goldman.Ensuite, une centaine d’agents fédéraux avaient passé les taxis au crible.Grâce à l’usage des taxis new-yorkais de noter toutes leurs courses, de recoupements en recoupements, on avait retrouvé la trace de Goldman sur la Scandinavian Airline…Malko ignorait tout cela.La photo du producteur qu’il avait trouvée à l’aéroport n’était pas fameuse mais suffisait pour l’identifier.Après, il n’y aurait plus qu’à demander à Goldman de le suivre gentiment.Jusqu’au cimetière le plus proche.Le haut-parleur arracha Malko à ses pensées moroses :— La Scandinavian Airlines System annonce l’arrivée de son vol SK 875 pour 16 h 40, le décollage ayant été retardé par suite du mauvais temps…— Encore une demi-heure, soupira Krisantem.Le restaurant était presque désert.A quelques tables d’eux, il y avait pourtant un couple qui attirait irrésistiblement le regard de Malko.Sans ses lunettes noires, son insistance aurait paru déplacée.Si toutefois ceux qui en étaient l’objet s’en étaient aperçus.Depuis leur arrivée, ils bâfraient.D’abord une montagne de charcutailles, puis des wiener Schnitzels, enfin un plat gigantesque de bœuf au paprika [ Pobierz całość w formacie PDF ]