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.Car déjà, au fond de lui-même, il ne doutait plus de l’avoir sérieusement blessée.– Une sorcière, vous l’avez dit, monsieur.Toute baptisée qu’elle est, je la crois plus noire que l’enfer.Ahi ! Ahi !.Ho !.vous ne connaissez pas le pays au-delà de Gourmian ? Non ?.Des diables, de vilains sauvages.Les hommes blancs, les vrais hommes blancs comme nous, monsieur, à vivre là-bas, est-ce qu’ils ne gâtent pas leur sang, ne croyez-vous pas, camarade ?Mais le Français ne se sentait plus d’humeur à poursuivre une aventure incompréhensible, et d’ailleurs, il craignait d’être dupe.– Assez de discours ! fit-il.J’ai agi comme un nigaud en me mêlant de ce qui ne me regardait pas.Bien malin celui qui saurait, d’elle ou de vous, qui est le menteur, car peut-être étiez-vous d’accord pour me tuer et me voler, hein ?.Oui ! Oui !.Et qui donc a tenu ma botte quand je sautais sur la petite gueuse, tout à l’heure ? Dès demain je vous flanque la police d’Assunción au derrière : on saura si vous tombez ou non de la lune.Car je donnerais ma tête à couper que la bicoque n’est pas à vous.Néanmoins il se peut que vous soyez sérieusement malade, et je ne suis pas un type à laisser par terre, sur le dos, comme une tortue, un homme qui va mourir.Si vous en êtes capable, liez-moi les mains autour du cou ; je vais tâcher de vous porter jusqu’à votre lit.Mais il ne put retenir une grimace de compassion lorsque le moribond tendit ses bras, avec la docilité d’un enfant.Le regard aveugle exprimait la résignation, la honte, une soumission presque abjecte.Maintenant toujours l’homme pressé contre sa poitrine, il rassembla du pied les chiffons, en fit un tas, et le coucha dessus.Puis il se mit à marcher de long en large pour calmer ses nerfs et rêver à la décision qu’il allait prendre.Si absorbé qu’il fût, ou peut-être en raison même de son exaltation, il entendait nettement chacun des bruits légers qui troublaient un à un le silence.Au bout d’un instant, il crut s’apercevoir que le râle du malade à peine distinct, mais lent et régulier, s’interrompait dès qu’il avait tourné le dos, pour reprendre sitôt qu’il marchait de nouveau vers le grabat.Il s’arrêta, prêta l’oreille.L’inconnu appelait en effet, à voix très basse, humblement, comme s’il désirait et redoutait à la fois d’être entendu :– Camarade.s’il vous plaît.hé ! camarade ?Le Français s’approcha brusquement et dit :– Que me voulez-vous ?– La fille.Oui, hein ? L’avez-vous tuée ? Elle ne fait pas plus de bruit qu’une mouche.– Laisse la fille tranquille, tu m’embêtes ! Elle est là-bas dans son coin, sage comme une image.Je m’occuperai d’elle tout à l’heure.Et que te fait à présent une fille ou dix filles, puisque tu seras mort demain ?– Oh ! fit l’homme, elle s’étonne de me voir encore en vie, voilà tout.Elle connaît son poison.L’autre nuit, je vais te dire, je l’ai entendue s’asseoir tout près de moi une heure, deux heures, qui sait ? Je n’ai pas ouvert les yeux ni bougé un poil de moustache.Quand elle se penchait pour mieux voir, je sentais son souffle sur ma joue.J’étais encore vigoureux, j’aurais pu.Mais alors le sang blanc a parlé, camarade.tu ne crois pas ? mon vrai sang blanc, je le jure ! Ainsi je l’ai épargnée.Un Espagnol, tu penses, un de ces singes au poil noir, dis-moi, ne l’aurait-il pas étranglée ? Car il est sûr qu’elle m’a fait mourir, je le sais.Excuse-moi encore, camarade ; tu n’as ni le teint, ni l’accent des hommes de ce pays : il faut que tu sois Russe ou Allemand ?– L’alcool te travaille, fit sèchement Darnetal.Tu ferais mieux de dormir.Qui sait ? Le médecin viendra peut-être, et te sauvera.– Ahi ! Ahi ! celle-ci en sait plus long que le médecin, sois sûr.Il n’y a pas de salut pour moi.Que m’importe ? Je l’ai voulu.La police montée d’Assunción mettra-t-elle le nez dans mes affaires ? Je n’ai de compte à rendre à personne, sinon peut-être à ce mort, que tu as vu dans la terre.Et pour l’alcool, sache qu’il m’empêche de souffrir : voilà mon ventre gros déjà comme une outre, et je n’ai encore presque rien senti.Un dernier mot encore, camarade.Tu parles espagnol avec un certain accent.Es-tu Français ?– Je suis Français, en effet, fit Darnetal.Et il ajouta par moquerie, cruellement : Et toi ?– Nous sommes du même sang, dit l’homme tout à coup dans son prétentieux jargon, mais aussi d’une voix si lente, si profonde, que le rire du jeune homme sécha littéralement sur ses lèvres.Mon père était un seigneur français, vieux et sage.Il avait combattu et tué jadis, à ce que je sais, un de ces soldats qui portent de l’or dans une sacoche, et il a été condamné par les juges de ce pays, car il y était craint et redouté.Puis il s’est échappé sur un radeau, à travers un fleuve immense, là-bas, à des centaines et des centaines de milles vers le nord.Et il est venu vivre en homme libre, au-delà du Rio Colorado, loin de ses ennemis, hors de leur portée.Pour moi, je l’accompagnais sans cesse, je ne l’ai quitté non plus que son ombre, et il m’a fait tel que je suis.Depuis ma jeunesse jusqu’à ces derniers mois, le croirais-tu ? je n’ai connu d’autre homme véritablement blanc, sinon celui-là dont tu as ouvert la tombe – et il n’était pas des nôtres, je le jure ! (Qu’importe un chien de plus ou de moins !) Sans doute, je ne sais ni lire ni écrire, bien que je puisse compter sans me tromper, à la manière des sauvages, et cependant je n’ignore pas que notre peuple est un grand peuple, supérieur à tous les autres, qui a vaincu les Anglais et coupé la tête même à son roi Napolion.Quelle ville peut être comparée à Parisse, je te demande, et mon père était né dans une autre belle cité qui se nomme San Tropez.Je sais encore que nos femmes sont les plus belles du monde, redoutées même de la police, indomptables, et pourtant généreuses et magnifiques envers leurs amants [ Pobierz całość w formacie PDF ]