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.Clignant de la paupière, il fouilla la pièce du regard, à la recherche de son visiteur.Il finit par trouver l’homme.Il se tenait assis dans l’ombre, absorbé par la musique.Corum s’engagea parmi les harpes monumentales, les orgues et les cristaux, étouffant de la main leur son au passage, jusqu’à ce qu’il ne subsistât plus que le silence.Les couleurs s’éteignirent.L’homme se leva de son coin et s’approcha.Il était de petite stature et marchait en se donnant des airs importants.Il portait un chapeau immense et une protubérance déformait son épaule droite, une bosse peut-être.Les larges bords du chapeau dissimulaient son visage, mais Corum soupçonna qu’il ne lui était pas étranger.Il reconnut d’abord le chat, qui se tenait assis sur l’épaule du visiteur.C’était lui que Corum avait d’abord pris pour une bosse.L’animal le fixait de ses yeux ronds.Il ronronnait.L’homme leva la tête et le visage souriant de Jhary-a-Conel apparut.Corum était si stupéfait, tant il avait pris l’habitude de vivre avec des fantômes, qu’il n’eut d’abord aucune réaction.« Jhary ?— Le bonjour, Prince Corum.J’espère que vous ne m’en voulez pas d’avoir écouté votre musique.Je ne pense pas avoir déjà entendu cette œuvre.— Non.Je l’ai écrite longtemps après votre départ.» Même à ses propres oreilles, la voix de Corum paraissait lointaine.« Vous avez l’air bouleversé, est-ce parce que je l’ai jouée ? » s’inquiéta Jhary.« Oui.Mais je ne vous en tiens pas rigueur.Je l’ai composée pour Rhalina et aujourd’hui…— Rhalina n’est plus.J’ai su qu’elle avait bien vécu – une existence heureuse.— Oui.Mais brève.» Le ton de Corum était amer.« Plus longue que pour la plupart des mortels, Corum.» Jhary changea de sujet : « Vous ne semblez pas au mieux.Avez-vous été malade ?— Mon esprit peut-être.Je pleure toujours Rhalina.Mon chagrin ne s’est pas atténué, voyez-vous.Je voudrais qu’elle… » Corum adressa à Jhary un sourire empreint de tristesse.« Mais je ne devrais pas demander l’impossible.— L’impossible existe-t-il ? » Jhary consacrait toute son attention à son chat et lui caressait le pelage des ailes.« Dans ce monde, assurément.— Dans la majorité des mondes.Pourtant, ce qui est impossible dans l’un est possible dans un autre.Ce qui ne manque pas d’attrait aux yeux de certains voyageurs dans mon genre, sans cesse en déplacement.— Quand vous nous avez quittés, vous partiez à la recherche de dieux.En avez-vous trouvé ?— Quelques-uns.Et aussi quelques héros dont je me suis fait le compagnon.Depuis notre dernière conversation, j’ai assisté à la naissance d’un monde nouveau et à la destruction d’un ancien.J’ai vu beaucoup de formes de vies étranges et entendu une multitude d’opinions extravagantes sur la nature de l’univers et de ses habitants.La vie, elle va, elle vient, savez-vous ? La mort n’est pas une tragédie, Corum.— La tragédie, c’est ici qu’elle se joue », fit remarquer le Vadhagh.« Quand il faut attendre des siècles avant de rejoindre l’objet de son amour – et ne le rejoindre que dans l’oubli.— Vos propos sont ridicules et morbides.Indignes d’un héros.» Jhary se mit à rire.« Ils relèvent de la bêtise pure et simple, c’est le moins que l’on puisse dire, mon ami.Allons, Corum, je vais regretter d’avoir décidé de vous rendre visite si c’est pour vous retrouver à ce point borné.»Corum finit par sourire.« Vous avez raison.C’est le sort réservé aux hommes qui fuient la compagnie de leurs semblables, je le crains.Leur entendement s’obscurcit.— Voilà pourquoi, d’une manière générale, j’ai toujours préféré vivre dans les villes », lui dit Jhary.« La ville ne dépossède-t-elle pas ses habitants de leur âme ? Les Nhadraghs vivaient dans des villes et ils ont dégénéré.— L’âme trouve sa subsistance pratiquement n’importe où.L’esprit a besoin d’être stimulé.Ce n’est qu’une question d’équilibre.Cela dépend aussi du tempérament de chacun, je suppose.Moi, par nature, je suis un citadin.Plus grande, plus peuplée, plus sale est la ville, plus elle me convient ! Et j’en ai connu de si noires de crasse, de si grouillantes de vie, de si démesurées que vous ne me croiriez pas si j’entrais dans les détails ! Ah, quelles merveilles ! »Corum s’esclaffa.« Je suis ravi de vous voir de retour, Jhary-a-Conel, vous et votre chapeau, votre chat et votre ironie ! » Puis ils s’étreignirent en riant.2L’INVOCATION D’UN DEMI-DIEU DISPARUCE soir-là ils festoyèrent ; Corum se sentait le cœur léger et, pour la première fois depuis sept ans, il prit plaisir à manger de la viande et à boire du vin.« … Et puis je me suis trouvé entraîné dans la plus étrange des aventures relatives à la nature du temps », lui dit Jhary.Cela faisait près de deux heures que Jhary racontait ses exploits.« Vous rappelez-vous le Bâton des Runes, qui nous fut d’un grand secours lors de l’épisode de la Tour de Voilodion Ghagnasdiak ? Eh bien, mes aventures m’ont mené dans le monde où s’exercent surtout les pouvoirs de cet étrange bâton.J’y ai rencontré une manifestation de cet éternel héros, dont vous-même êtes un aspect, qui se faisait appeler Hawkmoon [ Pobierz całość w formacie PDF ]