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.– Très volontiers, reprit l’autre manant ;Mais tu sais bien que notre ménagèreEst la plus belle : or ça, Sire Oudinet,Sera-ce trop s’il donne son muletPour le retour ? – Mon mulet ? et parguenneDit le premier des villageois susdits,Chacune vaut en ce monde son prix ;La mienne ira but à but pour la tienne ;On ne regarde aux femmes de si près :Point de retour, vois-tu, compère Étienne,Mon mulet, c’est… c’est le roi des mulets.Tu ne devrais me demander mon âneTant seulement : troc pour troc, touche là.»Sire Oudinet raisonnant sur celaDit : « Il est vrai que Tiennette a sur JeanneDe l’avantage, à ce qu’il semble aux gens ;Mais le meilleur de la bête à mon sensN’est ce qu’on voit ; femmes ont maintes chosesQue je préfère, et qui sont lettres closes ;Femmes aussi trompent assez souventJà ne les faut éplucher trop avant.Or sus voisins, faisons les choses nettesVous ne voulez chat en poche donnerNi l’un ni l’autre, allons donc confronterVos deux moitiés comme Dieu les a faites.»L’expédient ne fut goûté de tous :Trop bien voilà messieurs les deux épouxQui sur ce point triomphent de s’étendre« Tiennette n’a ni suros ni malandre, »Dit le second.« Jeanne, dit le premier,A le corps net comme un petit denier ;Ma foi c’est basme.– Et Tiennette est ambroise,Dit son époux ; telle je la maintien.»L’autre reprit : « Compère tiens-toi bien ;Tu ne connais Jeanne ma villageoise ;Je t’avertis qu’à ce jeu… m’entends-tu ? »L’autre manant jura : « Par la vertu,Tiennette et moi nous n’avons qu’une noise,C’est qui des deux y sait de meilleurs tours ;Tu m’en diras quelques mots dans deux jours :À toi Compère.» Et de prendre la tasse,Et de trinquer ; « Allons, Sire Oudinet,À Jeanne ; top ; puis à Tiennette ; masse.»Somme qu’enfin la soulte du muletFut accordée, et voilà marché fait.Notre notaire assura l’un et l’autreQue tels traités allaient leur grand chemins :Sire Oudinet était un bon apôtreQui se fit bien payer son parchemin.Par qui, payer ? par Jeanne et par Tiennette.II ne voulut rien prendre des maris.Les villageois furent tous deux d’avisQue pour un temps la chose fut sécrète ;Mais il en vint au curé quelque vent.Il prit aussi son droit ; je n’en assure,Et n’y étais ; mais la vérité pureEst que curés y manquent peu souvent.Le clerc non plus ne fit du sien remise ;Rien ne se perd entre les gens d’Église.Les permuteurs ne pouvaient bonnementExécuter un pareil changementDans ce village, à moins que de scandale :Ainsi bientôt l’un et l’autre détale,Et va planter le piquet en un lieuOù tout fut bien d’abord moyennant Dieu.C’était plaisir que de les voir ensemble.Les femmes même, a l’envi des marisS’entre-disaient en leurs menus devis :« Bon fait troquer, Commère, à ton avis ?Si nous troquions de valet ? que t’en semble ? »Ce dernier troc, s’il se fit, fut secret.L’autre d’abord eut un très bon effet.Le premier mois très bien ils s’en trouvèrent ;Mais à la fin nos gens se dégoûtèrent.Compère Étienne, ainsi qu’on peut penser,Fut le premier des deux à se lasser,Pleurant Tiennette, il y perdait sans douteCompère Gille eut regret à sa soulte.Il ne voulut retroquer toutefois.Qu’en advint-il ? un jour parmi les boisÉtienne vit toute fine seulettePrès d’un ruisseau sa défunte Tiennette,Qui par hasard dormait sous la coudrette.Il s’approcha l’éveillant en sursaut.Elle du troc ne se souvint pour l’heure ;Donc le galant sans plus longue demeureEn vint au point.Bref ils firent le saut.Le conte dit qu’il la trouva meilleureQu’au premier jour : pourquoi cela ? pourquoi ?Belle demande ; en l’amoureuse loiPain qu’on dérobe et qu’on mange en cachetteVaut mieux que pain qu’on cuit ou qu’on achète.Je m’en rapporte aux plus savants que moi.Il faut pourtant que la chose soit vraieEt qu’après tout Hyménée et l’AmourNe soient pas gens à cuire en même four ;Témoin l’ébat qu’on prit sous la coudraie.On y fit chère ; il ne s’y servit platOù maître Amour cuisinier délicatEt plus friand que n’est maître HyménéeN’eût mis la main.Tiennette retournée,Compère Étienne homme neuf en ce faitDit à part soi : Gille a quelque secret,J’ai retrouvé Tiennette plus jolieQu’elle ne fut onc en jour de sa vie.Reprenons-la, faisons tour de Normand ;Dédisons-nous, usons du privilège.Voilà l’exploit qui trotte incontinent,Aux fins de voir le troc et changementDéclaré nul, et cassé nettement.Gille assigné de son mieux se défend.Un promoteur intervient pour le siègeÉpiscopal, et vendique le cas.Grand bruit partout ainsi que d’ordinaire :Le parlement évoque à soi l’affaire.Sire Oudinet le faiseur de contratsEst amené ; l’on l’entend sur la chose.Voilà l’état où l’on dit qu’est la cause ;Car c’est un fait arrivé depuis peu.Pauvre ignorant que le compère Étienne !Contre ses fins cet homme en premier lieuVa de droit fil ; car s’il prit à ce jeuQuelque plaisir, c’est qu’alors la chrétienneN’était à lui : le bons sens voulait doncQue pour toujours il la laissât à Gille ;Sauf la coudraie, où Tiennette, dit-on,Allait souvent en chantant sa chanson ;L’y rencontrer était chose facile.Et suppose que facile ne fut,Fallait qu’alors son plaisir d’autant crut.Mais allez-moi prêcher cette doctrineÀ des manants : ceux-ci pourtant avaientFait un bon tour, et très bien s’en trouvaientSans le dédit ; c’était pièce assez finePour en devoir l’exemple à d’autres gens :J’ai grand regret de n’en avoir les gants.Et dis parfois, alors que j’y rumine :Aurait-on pris des croquants pour troquantsEn fait de femme ? il faut être honnête hommePour s’aviser d’un pareil changement.Or n’est l’affaire allée en cour de Rome,Trop bien est-elle au Sénat de Rouen.Là le notaire aura du moins sa gammeEn plein barreau.Dieu gard’ sire OudinetD’un rapporteur barbon et bien en femmeQui fasse aller cette affaire au bonnet.Le Cas de conscienceLes gens du pays des fablesDonnent ordinairementNoms et titres agréablesAssez libéralement.Cela ne leur coûte guère.Tout leur est nymphe ou bergèreEt déesse bien souvent.Horace n’y faisait faute.Si la servante de l’hôteAu lit de notre homme allaitC’était aussitôt IlieC’était la nymphe Égérie,C’était tout ce qu’on voulait [ Pobierz całość w formacie PDF ]