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.C.L.GRACELE TEMPS DES POISONSEt quand une bête est morteelle ne souffre pas.Mais, après son trépas, l'homme éprouve peine et chagrin.Chaucer, « Le conte du Chevalier », Les Contes de Cantorbéry Au Moyen Age, les femmes médecins exerçaient leur pratique en dépit des guerres et des épidémies pour la simple raison que l'on avait besoin d'elles.Kate Campbellton Hurd-Mead, A History of Women in Medicine (Londres, The Haddam Press, 1938)CHAPITRE PREMIER« Le manant disait une chose, mais en pensait une autre.»Chaucer, « Le conte du Frère », Les Contes de Cantorbéry Louis XI, roi de France par le courroux de Dieu, péchait.Louis était fort satisfait.Il avait parcouru la vallée de la Loire en tous sens, séjournant dans ses résidences royales pour s'assurer du bon état de sa ménagerie, en particulier de celui de son éléphant, d'un chameau plutôt lourdaud, sans parler des léopards, des autruches et autres bêtes sauvages.Louis, quant à lui, était une aragne faite homme.Si Paris était le centre de sa toile, il l'avait pourtant tissée de telle façon qu'aucune ville, aucune province de France ne lui échappe.Louis était content.Il s'était montré plus habile et plus rusé que ses ennemis mais, bien qu'il aimât son pays, il ne lui faisait pas confiance.Ses étroits sentiers forestiers tortueux étaient fréquentés bien avant l'époque de César.Des rebelles pouvaient s'y tapir, y tendre des embuscades, y ourdir la trahison et préparer le régicide.Par conséquent, Louis, qui ne pouvait tenir en place, poursuivait ses incessants déplacements plus par voie d'eau qu'à cheval ou en voiture.Il naviguait sur les rivières de France à bord de bateaux qu'il avait lui-même dessinés.Splendides bâtiments, c'était de grandes barges sur lesquelles il avait édifié des maisons de bois avec des cheminées, des fenêtres garnies de verre et tout le confort d'un palais.Louis aimait chasser, aussi bien les proies de la forêt que quelque puissant noble ou marchand regimbant devant sa loi.Il venait d'écraser une rébellion sur les frontières de la Bourgogne.Un peu plus loin sur le fleuve se trouvait une embarcation chargée des cages dans lesquelles il avait enfermé ses principaux prisonniers.Il en userait comme il le faisait des animaux de sa ménagerie : il montrerait au peuple qui était le roi.Nulle force humaine ou animale ne pouvait échapper à sa poigne.Sur la barge des prisonniers il avait fait ériger des perches qui supportaient les têtes coupées d'autres traîtres ; il avait coiffé l'une d'entre elles d'un capuchon bordé de fourrure pour mieux la distinguer.A présent, il se reposait.Levant les yeux vers le ciel bleu, il serra sa canne à pêche.La nuit précédente, un trait de feu, une comète enflammée, une boule incandescente avait déchiré les cieux.Il se demanda si c'était un avertissement.Mais quelle importance ? « Alea jacta est, le sort en est jeté ! » murmura-t-il.Il devait affronter les dangers, quels qu'ils soient.Il avait distribué de l'argent aux lieux de pèlerinage et aux églises les plus proches, ordonné qu'on dise des centaines de messes spéciales pour écarter tout péril.Il avait aussi promis à saint Martin de Tours, le saint patron de la France, d'enclore son tombeau d'une grille de métal rutilant qui, véritable œuvre d'art, serait fondue dans onze mille livres de l'argent le plus fin.Il avait envoyé des messages à Amboise où son jeune fils, le dauphin Charles, vivait sous bonne garde, à l'abri non seulement d'un possible enlèvement mais aussi des redoutables effets des innombrables maladies qui infestaient les routes et les villes de son royaume.Louis était heureux d'être loin de ces endroits-là, et surtout de Paris ; le carillon de ses cloches lui était une constante source d'exaspération, ses rues bondées et resserrées - où idées et peurs nouvelles croissaient comme des mauvaises herbes sur un tas de fumier - représentaient une perpétuelle menace pour son pouvoir.—Votre Majesté ?Le roi tourna la tête.—Votre Majesté ? répéta le jeune écuyer.On dit que Satan a attaqué la flèche d'une église la nuit dernière, qu'il l'a réduite en cendres.On peut encore distinguer les griffes du démon de haut en bas sur les murs.— Est-ce vrai ? marmonna le souverain.Il se retourna comme la canne à pêche tressautait.S'agissait-il d'un démon, s'interrogea-t-il, ou juste de la foudre ? Un érudit lui avait un jour expliqué que les bâtiments qui se dressaient vers le ciel attiraient souvent le feu céleste.Il devait, néanmoins, s'en assurer.Louis s'entourait toujours de précautions.Il avait dit aux envoyés dépêchés auprès de son fils qu'il fallait veiller à suspendre un couteau d'acier au-dessus du berceau de l'enfant et à placer des pots de sel à chaque coin de la pièce.L'acier et le sel, sans parler des multiples reliques saintes pendues aux poutres de la chambre, éloigneraient les diables.Contrarié, Louis fit la grimace.Il pensait avoir pris un poisson, pourtant sa canne était lâche à présent, comme tant de choses dans la vie.Il changea de position avec nervosité, éperons tintinnabulant, et examina le fleuve.La brume se levait.La journée s'annonçait belle même si la saison déclinait.Il pouvait déjà distinguer des taches d'or dans la verdure.La brise matinale était froide mais elle tomberait avec le lever du soleil.De toute façon, il avait bien assez chaud.À sa droite et à sa gauche brûlaient des braseros à calotte dont les ardents charbons rouges et crépitants sifflaient parfois quand des gouttes d'eau les éclaboussaient à travers la grille.Le roi assouplit ses doigts engourdis.Toujours prêt à quitter sa barge et à sauter à cheval pour affronter un danger ou un rebelle, il portait bottes et éperons.Il était vêtu de sa robe grise habituelle, fourrée d'agneau blanc, et d'un capuchon de moine.Sur ce dernier il avait posé un grand chapeau à large bord alourdi par les nombreux médaillons d'argent représentant ses saints favoris qu'on y avait solidement cousus.Louis prit un morceau de fromage et mâcha à grand bruit.Il avait passé la journée précédente à élaborer des stratagèmes avant de partir pour un château du voisinage où des envoyés venus d'Espagne lui avaient apporté des porcs à la peau rouge, ainsi que moult chardonnerets, pies, tourterelles, et deux lévriers équipés de colliers en cuir de Lombardie et de laisses en peau de loup.Louis souffla et son haleine flotta dans l'air du matin.En aval, dans la brume, sa garde personnelle peuplait ses navires et, sur chaque rive, des troupes de la cavalerie normande marchaient de pair avec la barge royale, la Gloire des Lys.Louis entendit des cris et un léger choc au moment où un bateau accostait le sien.Il sourit.Ses visiteurs étaient arrivés.Il tendit sa canne à pêche à un valet.— Tiens-la bien, le prévint-il.Et si un poisson mord, tire d'un coup sec.Ses éperons tintant, le chapelet de nacre cliquetant et scintillant autour de son cou, le roi se dirigea vers les marches bordées de cuir qui menaient à la cabine royale.La pièce bénéficiait d'une fenêtre percée en hauteur sur chaque mur.Ces derniers, quant à eux, étaient couverts d'épaisses tentures tissées de couleurs vives - rouges flamboyants, bleus profonds, or resplendissant - dépeignant la vie des saints ancêtres du monarque.Le bois du plancher était ciré et, pour lutter contre le froid, on y avait jeté des peaux d'ours et de loup [ Pobierz całość w formacie PDF ]