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.Tillie Ahlberg a laissé entrebâillée sa porte d’entrée pendant qu’elle prend une veste légère, son sac et un caddie posé contre la table du hall.Je frappe un petit coup au battant et elle apparaît sur ma gauche.Tillie Ahlberg doit avoir dans les soixante ans.Ses cheveux abricot ont l’air fraîchement permanentés mais elle ne doit pas apprécier beaucoup d’être frisée comme un caniche puisqu’elle est en train de s’enfoncer sur la tête un bonnet au crochet.Une mèche rebelle refuse toutefois de se laisser emprisonner.Elle a les yeux noisette et le visage parsemé de taches de rousseur atténuées tant bien que mal par une couche de poudre.Vêtue d’une jupe informe qui lui descend en dessous des genoux, tennis aux pieds, elle a encore l’air très costaud pour son âge.— J’espère ne pas avoir été discourtoise, dit-elle.Mais si je ne vais pas au marché tôt le matin, après je n’en ai plus le courage.— De toute façon, cela ne sera pas long, dis-je.Pouvez-vous me dire quand vous avez vu Mme Boldt pour la dernière fois ? Au fait, c’est Mademoiselle ou Madame ?— Madame.Elle est veuve, bien qu’elle n’ait que quarante-trois ans.Son mari possédait une chaîne d’usines dans le Sud.D’après ce que j’ai compris, il est mort subitement d’une crise cardiaque il y a trois ans en lui laissant un joli paquet de dollars.C’est à ce moment-là qu’elle a acheté cet appartement.Tenez, asseyez-vous, si vous voulez.Tillie me conduit dans une salle de séjour meublée de copies d’ancien.Une clarté dorée filtre à travers les rideaux jaune pâle et je sens encore des relents de petit déjeuner café, bacon et une vague odeur de cannelle.Ayant établi qu’elle était pressée, Tillie semblait prête maintenant à me consacrer tout le temps que je voudrais.Elle prit place sur une ottomane et moi sur un fauteuil à bascule.— J’ai cru comprendre qu’à cette époque de l’année elle se trouve en Floride, dis-je.— Oui, en effet.Elle a un autre appartement là-bas, à Boca Raton, ou quelque chose comme ça.Près de Fort Lauderdale, je crois.Je ne suis jamais allée en Floride, pour moi ces endroits ne sont que des noms.Bref, elle descend généralement là-bas vers le début de février et revient en Californie fin juillet ou début août.Elle dit qu’elle aime la chaleur.— Et vous faites suivre son courrier pendant son absence ?— Une fois par semaine environ, oui.Ça dépend de la quantité.Et tous les quinze jours elle m’envoie un petit mot.Une carte postale, vous voyez, juste pour dire bonjour, quel temps il fait et si elle a besoin que je fasse venir quelqu’un pour nettoyer les rideaux ou des choses comme ça.Cette année, elle m’a écrit vers le 1er mars et depuis plus un mot.Vous savez, ça ne lui ressemble pas du tout.— Est-ce que par hasard vous auriez gardé les cartes postales ?— Non, je les ai jetées, comme je le fais toujours.Je ne suis pas du genre à entasser et si vous voulez mon avis, il y a bien trop de paperasserie qui s’accumule de par le monde.Je les ai lues puis jetées sans plus y penser.— Elle n’y faisait pas allusion à un voyage ou à quelque chose de ce genre ?— Non, pas du tout.Mais bien sûr, ça ne me regarde pas.— Semblait-elle préoccupée ?Tillie a un sourire navré.— Vous savez, il n’y a pas tellement de place sur le côté correspondance d’une carte postale pour y exprimer ses inquiétudes.Moi, je l’ai trouvée très bien.— Avez-vous une idée de l’endroit où elle peut se trouver ?— Pas la moindre.Tout ce que je sais, c’est que ça ne lui ressemble pas du tout de ne pas écrire.J’ai essayé quatre ou cinq fois de lui téléphoner.Une fois, une femme qui disait être une de ses amies a décroché mais elle s’est montrée très sèche et depuis, plus rien.— Qui était cette amie ? Vous la connaissiez ?— Non, mais j’ignore qui elle fréquente en Floride.Cela aurait pu être n’importe qui.Je n’ai pas noté son nom et même si vous le mentionniez maintenant devant moi je ne m’en souviendrais pas.— Et son courrier ? Les factures continuent d’arriver ?Tillie a un vague haussement d’épaules.— Ça en a l’air, oui.Je n’y ai pas fait très attention.Je me contentais de faire suivre ce qui arrivait.Il me reste quelques lettres que j’étais sur le point de réexpédier.Vous voulez les voir ?Elle se lève pour se diriger vers un secrétaire en chêne dont elle ouvre les portes vitrées en tournant une clé dans la serrure.Elle en sort un paquet d’enveloppes qu’elle trie avant de m’en tendre quelques-unes.— Voilà.C’est le genre de courrier qu’elle reçoit habituellement.Je jette un coup d’œil rapide.Visa, Master Card, Saks Fifth Avenue, un fourreur du nom de Jacques avec une adresse à Boca Raton, une facture d’un certain John Pickett, D.D.S.Inc., dont les bureaux sont juste au coin de la rue.Aucune lettre personnelle.— Pensez-vous qu’elle ait pu se faire arrêter ?Ma question la fait beaucoup rire.— Oh non.Pas elle.Ce n’était vraiment pas son style.Elle ne conduit pas mais je suis sûre qu’elle ne devait même jamais traverser en dehors des clous.— Et un accident ? Ou une maladie ? L’alcoolisme ? La drogue ?Je me fais vraiment l’impression d’un toubib interrogeant un patient lors de son check-up annuel.Tillie a l’air sceptique.— Évidement, il se peut qu’elle soit à l’hôpital, mais elle nous l’aurait fait savoir.Pour vous dire la vérité, je trouve ça très bizarre.Si sa sœur n’était pas venue, j’aurais prévenu moi-même la police.Il y a quelque chose qui cloche là-dedans.— Mais il peut y avoir une foule d’explications à son silence, dis-je.Elle est adulte, elle a visiblement de l’argent et ne semble pas avoir d’affaires urgentes en cours.Elle n’a pas à prévenir qui que ce soit de ses déplacements si elle ne le souhaite pas.Elle a pu partir en croisière, ou faire une fugue amoureuse.A moins que son amie et elle n’ait décidé tout à coup de s’offrir un petit voyage.Il est probable qu’il ne lui est même pas venu à l’esprit que quelqu’un puisse essayer de la joindre.— Oui, c’est pour cela que je n’ai rien fait jusqu’à présent [ Pobierz całość w formacie PDF ]