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.Le juge se caressa la moustache puis ajouta d’un ton sec :— D’autant plus que je serai avec vous, Lo.Ainsi vous ne pourrez rien me cacher, comme vous l’avez fait récemment dans l’île du Paradis !— Vous n’étiez pas très bavard non plus, frère-né-avant-moi ! L’année dernière, j’entends, quand vous êtes venu enlever ces deux ravissantes jeunes filles[1] !Le juge Ti esquissa un pâle sourire.— D’accord.Disons que nous sommes quittes ! Mais j’espère qu’il s’agit d’une affaire ordinaire, comme la plupart des assassinats suivis de vol.Voyons voir qui était la victime…Lo s’empressa de remettre la liasse de papiers entre les mains du juge Ti.— Jetez-y un coup d’œil le premier, frère-né-avant-moi ! Je vais fermer les paupières une seconde ou deux, afin de rassembler mes idées.Nous en avons pour un bon moment avant d’arriver à la porte Est.Le magistrat Lo rabattit profondément sa coiffe sur ses yeux et se carra confortablement entre les coussins en poussant un soupir de satisfaction.Le juge ouvrit le rideau de la fenêtre qui se trouvait de son côté afin de pouvoir lire plus commodément.Toutefois, avant de commencer, il contempla d’un air songeur le visage empourpré de son collègue.Il serait intéressant de voir la manière dont Lo allait mener son enquête.Un magistrat, songea-t-il, n’ayant pas le droit de quitter son district sans ordre exprès du préfet, a très rarement l’occasion de voir travailler l’un de ses collègues.En outre, Lo était un personnage tout à fait hors du commun.Il possédait une fortune personnelle confortable, et l’on disait qu’il n’avait accepté son poste à Chin-houa que parce qu’il lui conférait une position officielle indépendante et la possibilité de se livrer à ses passe-temps favoris : le vin, les femmes et la poésie.Chin-houa a toujours été un poste difficile à pourvoir, car seul un magistrat doté de revenus personnels conséquents était susceptible de faire face aux frais d’entretien du palais résidentiel, et l’on chuchotait, dans les milieux officiels, que c’était principalement pour cette raison que Lo était maintenu à ce poste.Mais le juge Ti avait souvent eu le sentiment que cette réputation faite à Lo, d’être un bon vivant se désintéressant totalement des responsabilités de sa charge, était en grande partie fallacieuse et soigneusement cultivée, et qu’en réalité il administrait son district plutôt convenablement.Et d’ailleurs, ne venait-il pas d’être heureusement surpris par sa décision de se rendre immédiatement sur les lieux du crime ? Plus d’un magistrat aurait chargé l’un de ses sous-fifres de ces formalités routinières.Le juge déroula les documents.Le premier faisait état de renseignements officiels concernant le candidat assassiné.Il s’appelait Song Aï-ouen, était âgé de vingt-trois ans et célibataire.Après avoir brillamment réussi son examen littéraire, il avait bénéficié d’une bourse afin de rédiger un mémoire sur l’histoire d’une ancienne dynastie.Song était à Chin-houa depuis quinze jours et s’était aussitôt présenté au tribunal pour demander l’autorisation d’y séjourner un mois.Il avait expliqué au conseiller Kao qu’il désirait consulter les archives historiques locales.Quelques siècles plus tôt, au cours de la période que Song étudiait, une révolte paysanne avait éclaté à Chin-houa, et il espérait bien découvrir dans les archives des informations supplémentaires sur ce sujet.Le conseiller lui avait fourni un laissez-passer pour consulter les dossiers du tribunal.D’après la liste jointe en annexe, il apparaissait que Song avait passé tous ses après-midi à la bibliothèque du tribunal.Il n’y avait rien d’autre.Les autres documents concernaient le propriétaire du candidat : le marchand de thé Meng Sou-chaï.Meng avait hérité ce négoce de son père.Il avait épousé dix-huit ans auparavant la fille d’un de ses collègues, Houang, qui lui avait donné une fille, aujourd’hui âgée de seize ans, et un fils, de quatorze ans.Il avait une concubine officielle.Les actes de mariage et de naissance étaient joints au dossier.Le juge Ti hocha la tête d’un air satisfait ; le conseiller Kao était de toute évidence un fonctionnaire consciencieux.Le négociant Meng avait aujourd’hui quarante ans ; il payait ponctuellement ses impôts et versait des fonds à des œuvres de charité.Il devait être bouddhiste, puisqu’il versait des oboles au temple de la Subtile Clairvoyance, l’un des nombreux sanctuaires de la rue du Temple.À propos de bouddhisme, cela rappela quelque chose au juge Ti, et il poussa du coude son compagnon qui ronflait.— Votre conseiller a bien parlé d’un frère fossoyeur tout à l’heure, de qui s’agit-il ? demanda-t-il.— Un frère fossoyeur ? répéta Lo en le regardant d’un air endormi.— Kao n’a-t-il pas dit qu’un frère fossoyeur avait déjeuné chez vous ?— Ah oui ! Vous avez certainement entendu parler de frère Lou, non ?— Non, jamais.J’évite de frayer avec ces gens-là [ Pobierz całość w formacie PDF ]